Une femme, un destin: Rose CARTOUX (1691-1761)

Vue sur la plaine de Méthamis

 

Au fil des registres se dessinent les vies de nos ancêtres et parfois certains destins marquent plus que d’autres. Celui de Rose CARTOUX en fait partie et les drames de sa vie ont hanté quelques-unes de mes nuits. Découverte au fil de mes recherches pour mon mémoire du DU de Nîmes, je ne devais pas m’attarder sur cette ancêtre, devant prioritairement me concentrer sur la lignée agnatique des PONS. Que voulez-vous, la curiosité a été plus forte.

 

 

 

 

Rose CARTOUX naît à Méthamis, charmant village rural le 6 juillet 1691. Méthamis, Métannes ou les Métamies selon les époques et les documents, fief des Thézan du XVe siècle à la Révolution, domine les gorges de la Nesque à 380m d’altitude. Méthamis appartient au Comtat Venaissin et de ce fait, les actes sont rédigés en latin pour la période contemporaine à Rose.

 

AD Vaucluse, paroisse catholique de Méthamis, baptêmes 1675-1696 p. 29/42

Fille de Pierre CARTOUX et de Lucie JEAN, Rose a 5 frères et sœurs. Elle se marie à 24 ans avec Marc SEGNORET, cultivateur lui aussi, le 18 novembre 1715. Mariage probablement précipité puisque moins de deux mois plus tard naît leur fille Rose (13 janvier 1716). Trois autres enfants naissent dans les années suivantes: Jean Pierre en janvier 1717, Michel en avril 1719 et Simon en janvier 1721.

 

AD Vaucluse, paroisse catholique de Méthamis, mariages 1697-avril 1734 p.18/49

Hélas, les années sombres se profilent déjà à l’horizon. Méthamis voit l’arrivée de la Peste  sur ses terres en juillet 1721. Pourtant dès février, les autorités pontificales avaient décidé d’établir une ligne sanitaire commune entre le royaume de France et les terres du Comtat Venaissin afin de stopper et de se protéger de l’épidémie : le mur de la Peste était établi à quelques kilomètres du village. Fin juillet, 27 km de murs étaient déjà édifiés, augmentés de dizaines de guérites et de corps de garde pour les sentinelles militaires. Et pourtant, en l’espace d’un mois Rose perd ses trois aînés. Tout d’abord Jean Pierre, le 18 juillet, âgé de 3 ans. Puis Rose, le 23 juillet, âgée de 5 ans et enfin Michel le 18 août.

La peste touche Avignon en août. La situation s’inverse alors et les troupes françaises remplacent les troupes pontificales en s’installant de l’autre côté du mur pour protéger le pays d’Apt enfin débarrassé du fléau. La peste s’étend à l’ensemble du Comtat désormais et s’amplifie jusqu’en juillet 1722. Le Comtat étant isolé, les vivres manquèrent et la disette guettait les survivants. L’épidémie s’éteignit progressivement à partir de septembre 1722 et fin février 1723 les lignes sanitaires furent levées.

Eglise de Méthamis

La Faucheuse n’en avait pas fini avec la famille de Rose. Affaibli par les privations, son petit Simon décède en mai 1724 à l’âge de 3 ans. Dans quelle détresse morale a t’elle pu se trouver au retour du cimetière? Quand, en poussant la porte de sa petite maison de pierre, les rires de ses 4 enfants furent remplacés par un lourd silence. Notre vision contemporaine de la maternité est quelque peu ébranlée par les mœurs de l’époque puisque en ces temps, il n’était pas question de s’apitoyer trop longtemps sur son sort, ou bien encore (et c’est plus probable) la nécessité voulait que la vie continue tout de même. Quoiqu’il en soit, Rose tombe enceinte rapidement. Une petite Élisabeth voit le jour en avril 1725. Hélas, le « bonheur » fut de courte durée puisque Marc décède en mai, à l’âge de 40 ans. Rose se retrouve ainsi veuve à 33 ans avec un nourrisson de 3 semaines. Probablement qu’elle trouve un peu de secours auprès de sa mère, toujours vivante, et de son beau père.

 

 

AD Vaucluse, paroisse catholique de Méthamis, mariages 1697 – avril 1734 p.34/49

En difficulté, Rose n’a d’autres choix que de refaire sa vie en se mariant 20 mois plus tard avec son cousin Marc PEZIERE. Leurs mères respectives sont sœurs et une dispense au 3e degré de consanguinité délivrée par l’évêque de Carpentras a été nécessaire. Ensemble ils auront trois filles: Brigitte née en 1728, Marie Marguerite née en 1732 et Delphine, née en 1734, mon aïeule qui aura elle aussi un destin particulier (mais cela est une autre histoire).

 

 

 

 

***

Rose restera toute sa vie à Méthamis et y décédera en novembre 1761 à l’âge honorable de 70 ans.

 

AD Vaucluse, paroisse catholique de Méthamis, Sépultures juin 1757 – novembre 1775 p.8/40
Eglise de Méthamis, face Nord

Signature copie

Publicités

1 commentaire

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s