Li Nòvi

Jean François PONS et Marie Anne VINCENT ont été les personnages du couple choisi pour mon mémoire du DU de Nîmes. Grâce à la lecture de plusieurs documents concernant les mariages traditionnels « provençaux » de cette période, je me suis amusée à imaginer leur journée de noces, en 1840 à Saint Saturnin lès Apt (Vaucluse).

Jean François PONS, (1813-1890), cultivateur, est le fils de Jean Joseph, (originaire de Monieux) et de Marguerite Rose CLEMENT, (de St Saturnin lès Apt, décédée en 1818). Il est le benjamin d’une famille de 6 enfants: 3 frères ainés déjà mariés et de 2 sœurs qui resteront célibataires. Jean François, son père et ses deux sœurs vivent à la ferme de Garbis.

Marie Anne VINCENT, (1817-1864) est la fille de Dominique et de Marie Magdelaine NOUVEAU. Ses parents sont issus de deux familles implantées de longue date à St Saturnin lès Apt et sont des propriétaires-cultivateurs bien établis. Marie Anne a 7 frères et sœurs.

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Afin de garantir une vie de félicité et la pérennité de leur union, les fiancés ont dû suivre ces rites à la lettre comme le choix de la date. Il ne fallait pas se marier le 9, 19 ou 29, le chiffre neuf amenant le deuil. La date fut donc fixée au mercredi 22 janvier, lorsque les champs étaient au repos.

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La journée commença par un rendez-vous de bonne heure en l’étude de Maitre BERTRAND Joseph Albéric, notaire du village, où les futurs époux et leurs pères respectifs se retrouvèrent accompagnés par Jean Baptiste GUIGOU, témoin et ami de Jean François, et Jean Joseph MOLINAS, cousin maternel et témoin de Marie Anne. Comme convenu, ils signèrent un contrat stipulant que le mariage serait soumis au régime dotal, régime « classique » de Provence, toujours influencé par le droit romain. La dot de Marie Anne était constituée d’une somme de 1500 francs en avancement d’hoirie donnée par son père, dont 1200 francs comptés devant le notaire et d’un trousseau d’une valeur de 250 francs. Aucune terre en dot, ces dernières étant réservées à ses frères pour ne pas éparpiller le patrimoine familial.

AD Vaucluse, 3E2 1868 Étude Geoffroy – contrat de mariage

Les futurs époux retournèrent à leurs domiciles respectifs afin de préparer la noce. Les amis de Jean François ne manquèrent pas de glisser quelques grains de sel dans la poche de son gilet afin d’écarter le mauvais sort. Pour la même raison, c’est dans les souliers de Marie Anne que ses sœurs et voisines en déposèrent, pendant que tante et marraine « heureuse en ménage » coiffait la future épouse. Marie Anne revêtit sa robe de mariée vert amande, couleur de l’espérance, son fichu de mousseline et son jupon en piqué blanc brodé à ses initiales. Ainsi protégée et apprêtée, Marie Anne pouvait se rendre à l’Hôtel de Ville. Mais au moment de franchir le pas de la porte paternelle, Dominique, son père, lui remit un verre d’eau et une pièce d’or, lui signifiant ainsi qu’il la nourrissait pour la dernière fois et qu’elle n’était désormais plus à sa charge. Marie Anne but l’eau, pris la pièce, et versa quelques larmes, montrant ainsi sa reconnaissance et son regret de quitter la maison.

Mariée Comtadine et Comtadine au XIXe siècle – crédit photos: Musée du costume Comtadin, Pernes les Fontaines

A 11h, le mariage civil fut célébré par l’adjoint au maire Alphonse JOUVAL (qui deviendra maire en 1848). Après les formules d’usage, et une fois le consentement prononcé, Jean François et Marie Anne, mariés devant la loi sortirent de l’Hôtel de Ville. Les tambourinaires se placèrent en tête du cortège et jouèrent un air traditionnel sur lequel les amis de Jean François chantèrent des paroles grivoises.

AD Vaucluse, État civil de St Saturnin lès Apt, Mariages 1839-1840 p.11-12/27

Signatures des mariés

Cela fut de courte durée, le cortège arrivant sur la placette de l’église située à quelques mètres de la mairie. Après une arrivée en procession dans le chœur de l’église où ils s’agenouillèrent, Jean François essaya de poser son genoux sur la robe de sa femme, lui signifiant qu’il ferait la loi à la maison. En contrepartie, Marie Anne plia son doigt au moment où Jean François voulu lui passer l’alliance.

A la sortie de l’église, Jean François lui remis la clef de la ferme de Garbis, qu’elle accrocha aussitôt à sa ceinture. Elle en était désormais la maitresse de maison. Ses amies lui présentèrent une coupe de blé et Marie Anne lança les grains sur les parents, particulièrement sur Jean Joseph PONS, son beau père, indiquant par là son intention d’apporter la prospérité dans sa nouvelle famille. Les « novis » sautèrent alors une barre fleurie, symbole de leur passage dans la vie maritale.

crédit photo Musée du Costume Comtadin

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De retour à la ferme de Garbis, lieu où le banquet devait se tenir, Marie Magdelaine, mère de la mariée, offrit à sa fille deux ustensiles typiques: un battoir à linge en bois sculpté et une quenouille en osier tressé. Puis il fut temps de s’attabler et les nouveaux époux partagèrent leur soupe dans la même écuelle. Marie Anne reçut ensuite trois petits pains. Elle en offrit deux à sa famille et un aux amis présents, indiquant par ce geste qu’elle entendait être économe et nourrir d’abord les siens sans cependant fermer sa porte aux amis. Au cours du repas, elle préleva un morceau de pain et le mis dans sa poche. La coutume voulait qu’elle le garde précieusement car il la préserverait de toute mésentente dans son ménage.

A une heure tardive, les nouveaux époux s’éclipsèrent, laissant les autres convives festoyer une bonne partie de la nuit au son des tambourinaires.

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Installé dans la ferme de Garbis, le couple y vécut plus de vingt ans entouré de leurs trois fils, des deux sœurs de Jean François et du père PONS, Jean Joseph.

Signature copie

 

Pour en savoir plus:

 

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