L’oubli, la mémoire et le souvenir : Joseph COTTAREL

Il y a peu de temps encore, je pensais que ma famille avait été épargné par la Première Guerre Mondiale.

Mes arrière-grand-pères ont bien combattu sur le Front mais ils en sont revenus. Les différentes branches de ma famille avaient-elles donc été épargné par les deuils? En apparence oui. En apparence seulement.

Des recherches généalogiques plus poussées ont mis en lumière des prénoms omis, comme si le souvenir de ces êtres chers devait être effacé pour ne plus souffrir d’un deuil trop difficile, sans corps à honorer, sans tombe à aller fleurir.

C’est le cas de la branche Cottarel, originaire de Loisieux, en Savoie.

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Avant mes recherches, François et Marie Louise GACHE avaient à ma connaissance 4 enfants. Catherine, née en 1872, cuisinière chez son cousin à Lyon et décédée en 1902, mon arrière grand père Nizier (1874-1927) cocher au château de l’Isle d’Allex (Drôme),  Antoine (1876-1955) valet de chambre tantôt sur la Côte d’Azur, tantôt sur la Côte Atlantique et Louise (1880-1963), épouse d’Auguste COURRIER, ouvrier papetier à Renage (Isère) .

Monument aux morts de Loisieux

 

 

 

En me rendant sur place en janvier 2017, le monument aux morts du village m’interpelle. Bien entendu, il n’est pas surprenant que le patronyme COTTAREL soit inscrit sur la pierre, tant il est lié au village depuis les années 1600. Poussée par la curiosité, j’entreprends de rechercher les fiches matricules des soldats nommés.

 

 

 

 

AD Savoie – Registres d’État Civil de Loisieux

Et sans nul doute possible, Joseph COTTAREL est le frère de mon arrière grand père. Une rapide recherche dans les registres de la commune me le confirme. Pourquoi son souvenir a t’il disparu de la mémoire familiale? Il ne me semble pas improbable que même mon grand père, né en 1935, n’ait jamais entendu parlé de lui. Je choisi donc aujourd’hui de rendre hommage à ce grand oncle, décédé à l’âge de 26 ans.

 

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Joseph COTTAREL est donc le dernier d’une fratrie de 5 enfants. A sa naissance, le 7 juin 1887, ses parents, cultivateurs, sont déjà âgés puisque son père a 46 ans et sa mère 37. Apprenti boucher puis boucher à Grenoble, il effectue son service militaire au sein du 158e régiment d’infanterie de Lyon du 7 octobre 1908 au 25 septembre 1910 (classe 1907). Libéré du service, il retourne exercer son métier à Grenoble puis à la Motte-Saint-Martin (1911) et Saint-Georges-de-Commiers (1913). En juillet 1914, Joseph s’installe à Renage, où vit sa soeur Louise. Les registres d’État civil n’ayant pas encore été numérisés pour cette période, je ne peux confirmer l’hypothèse hautement probable d’un mariage à cette période ni celle d’un changement d’activité, Joseph ayant pu travailler à la papeterie avec son beau frère.

Fiche matricule de Joseph COTTAREL – AD Savoie, 1R185 classe 1907

François, son père, décède en 1912 à l’âge de 70 ans. Marie Louise, sa mère, reste seule à Loisieux. L’exode rural est passé par là, leurs enfants sont tous établis à l’extérieur, aucun d’entre eux ne reprendra la petite exploitation familiale. Cette branche quitte la Savoie après une présence de plus de 300 ans.

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A la mobilisation générale, Joseph est incorporé au 223e Régiment d’Infanterie de Bourg en Bresse. Issu du 23e RI, chaque régiment crée un régiment de réserve de l’Armée active (hommes âgés de 24 à 34 ans ) dont le numéro est le sien plus 200.

Joseph est blessé dès les premiers jours du conflit, le 25 aout 1914, lors des combats de Méhoncourt (Meurthe et Moselle). Son régiment est en première ligne lors de l’offensive. Le feu violent des mitrailleuses ennemies stoppe leur avancée. Ce jour là, le 223e RI compte 18 tués, 327 blessés et 104 disparus. Joseph a probablement été blessé « légèrement » et repart au Front immédiatement  puisque aucune période de convalescence n’est notée sur sa fiche matricule. Toutefois, comme beaucoup de soldats suite à une blessure, Joseph change de régiment et intègre le 23e RI.

A l’occasion de l’anniversaire du Kaiser le 27 janvier 1915, l’État Major français décide d’une série d’attaques. Le secteur de la Fontenelle, dans les Vosges, est l’un des sites choisi. L’attaque commence à 15h30 entre le village de Ban de Sapt et le bois de Laîne. La bataille est relatée par deux journaux de marche, assez succinctement par le JM  du 23e RI  et plus en détails par celui du 133e RI, qui a combattu à leurs cotés.   Les français, malgré avoir effectué le repérage des lieux dans la matinée, tombent dans un piège. Les allemands ont creusé une « fausse » tranchée, ajoutant des fils barbelés et de la tôle au fond du trou. Ensuite, postés en hauteur, ils mitraillent les soldats français. C’est l’hécatombe. Les soldats du 23e RI et du 133e RI sont pris au piège.  On compte 130 tués, 70 blessés et 30 disparus pour le 23e RI. Joseph fait parti de ces derniers.

Mercredi 27 Janvier
Le 2e bataillon (commandent Roullet) qui a cantonné dans la nuit du 26 au 27 janvier à Denipaire est monté à la Fontenelle pour exécuter une opération prescrite par le Colonel Commandant la 82e Brigade. Il avait l’ordre de prononcer 2 attaques, l’une sur le petit bois de Laître, et l’autre sur le grand saillant des ouvrages allemands, en face de la tranchée Daubard.
Les hommes se sont portés brillamment à l’attaque, mais une fois arrivés à ces objectifs, ils sont tombés sous le feu croisé de mitrailleuses qui les ont hachés, de plus les tranchées étaient recouvertes de tôles et on n’a pu y pénétrer. Les pertes s’élèvent à 230 hommes environ, dont 130 tués, 70 blessés et 30 disparus.
Pendant la nuit, les tranchées et le blockaus ont été  bouleversés de fond en comble par l’artillerie ennemie.
Les hommes travaillent à les réparer, mais le froid gène beaucoup les travailleurs, et la gelée a rendu la terre tellement dure qu’il est indispensable de la creuser (…)
Secteur du décès de Joseph COTTAREL
Archives du Comité International de la Croix Rouge

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Je ne sais pas dans quelle mesure la famille a été informée. Ont-ils entretenu l’espoir d’une captivité en Allemagne et un retour prochain? Ont-ils été convaincu du décès dès l’annonce de sa disparition? Les archives de la Croix Rouge conservent une fiche de demande de renseignements émanant de Mme Joseph COTTAREL domiciliée à Renage, ce qui confirmerait l’hypothèse d’un mariage.

Un jugement du tribunal de Grenoble en date du 8 avril 1921 fixe son décès au 27 janvier 1915. Reconnu Mort pour la France, son nom est inscrit sur les monuments aux morts de Loisieux, de Grenoble et de Renage.

***

Son corps n’a jamais été retrouvé et repose probablement dans l’ossuaire de la nécropole de la Fontenelle. Ses frères et sœurs, neveux et nièces, sont-ils allés se recueillir sur ces lieux? Mystère. J’espère un jour pouvoir y mener ma famille afin de lui rendre un dernier hommage.

Bois de laitre
Bois de Laitre – cote 627

Pour en savoir plus:

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2 commentaires

  1. S’il fallait faire un articlé, c’était celui-ci. Un bel hommage à ceux qui ont avec courage offert leur vie pour protéger un pays qui ne leur a pas toujoursi été reconnaissant de leur sacrifice. Simple, modeste mais tellement beau ! Très bel article Aurelie.

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