Les papeteries de Gromelle

Vue générale de l’usine

batiments gromelle sans continentale noms

Dimanche dernier, j’ai enfin pris le prétexte d’une balade à vélo pour aller photographier l’ancienne usine de Gromelle, à quelques kilomètres de mon domicile.

Le site de Gromelle, situé à cheval sur les communes de Vedène et de St Saturnin-lès-Avignon, est considéré comme l’un des sites industriels les plus anciens de Vaucluse. En effet, la proximité du cours d’eau de la Sorgue, via le canal de Vaucluse, a permis très tôt l’installation d’une activité industrielle sur le site de Gromelle, patronyme connu dès le XIIe siècle. Plusieurs activités se sont succédées sur ce site : moulin à blanchir les toiles au XIVe siècle, papeterie au XVIIe siècle, moulin à blé, et fabrique de poudre de garance de la fin du XVIIIe siècle à 1865. En 1835, une ordonnance royale (sous le règne de Louis Philippe) autorise les sieurs Poncet à convertir le moulin à farine faisant partie de leur usine de Gromelle, situé sur le canal de Vaucluse et à remplacer les deux roues horizontales de ce moulin par deux roues à aubes verticales (source : bulletin des lois 1er semestre 1835). Les recensements entre 1836 et 1851 ne font pas mention d’activités industrielles. La population est largement composée de cultivateurs et de journaliers. Pourtant l’ère industrielle pénètre les campagnes françaises et le recensement de St Saturnin pour l’année 1856 (et uniquement dans celui-ci) mentionne de nombreux garanciers. La production de garance, trop chère, est rapidement abandonnée. en 1865, une reconversion industrielle des moulins s’opère et le site de Gromelle, racheté par les industriels marseillais Chancel père et fils, redevient une usine de papeterie. D’ailleurs le Vaucluse compte 13 papeteries en 1867. Les Chancel sont déjà propriétaires de la papeterie d’Albergaty sur la commune voisine d’Entraigues. Les industriels placent à sa direction Louis Antoine Frian FAVIER (1823-1888) puis son fils Louis François (1846-). Ce dernier dépose en mai 1885 un brevet pour 15 ans concernant un système de raffineur méthodique pour pâtes à papier.

Cadastre napoléonien

Ailleurs en France, les employés des papeteries sont très largement fournis par les campagnes environnantes de l’usine. Dans le Vaucluse, département agricole, la plupart des ruraux gagnent suffisamment et estiment avoir assez à faire de s’occuper de leurs terres pour ne pas aller compléter leurs revenus à l’usine. Aussi, bien que disséminées en pleine campagne à l’écart des agglomérations, les fabriques de papier des bords de la Sorgue ont embauché beaucoup d’étrangers à partir des années 1910 (¼ d’italiens dans le cas de Gromelle en 1911). La main-d’œuvre rurale tient encore la première place. Cela signifie que la plus grande partie du personnel est formée de paysans, presque tous propriétaires, qui continuent de s’occuper très activement des travaux de la terre. L’influence de la loi de huit heures a encore accentué cette tendance, puisque les paysans peuvent disposer à leur gré des deux tiers de la journée, surtout lorsque leur faction ne les immobilise à l’usine qu’entre 20h et 4 heures. L’ouvrier papetier reste un propriétaire exploitant. Et lorsque l’on a affaire à de véritables salariés industriels, on voit souvent les patrons essayer de créer en eux cet état d’esprit paysan, et de leur donner cette situation de petit propriétaire, en leur cédant des maisons, des jardins, de vrais champs. Ainsi est créé le hameau de Gromelle, réunissant des maisons d’ouvriers et une école libre mixte dès 1867.

Les graphiques ci-dessous mettent en lumière une partie des effectifs de l’usine résidant sur les communes de St Saturnin et de Vedène pour les années 1906-1911.

Certains des employés de l’usine reçoivent des médailles d’honneur en récompense de leur ancienneté et de la qualité de leur travail.

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Lors de la première guerre mondiale, en me basant sur les recensements de 1911, l’usine a vu 19 de ses ouvriers mobilisés. 5 ont été gravement blessé et 4 ont été tué au Front.

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Le site de Gromelle n’est pas épargné par les accidents. Un incendie se déclare dans la nuit du 17 mai 1878 et détruit une partie de la fabrique de papiers peints de Gromelle. Les secours n’ont pu être portés immédiatement, par crainte de l’explosion de l’usine à gaz. Les tuyaux ont pu être heureusement coupés et le sinistre circonscrit.

L’Ouest éclair – 4 aout 1933

L’usine est également le théâtre d’un terrible accident le 3 aout 1933.

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En février 1983, les employés rachètent leur usine et créent une coopérative. La papeterie cesse définitivement son activité en juillet 2013.

Pour en savoir plus:

  • L’industrie de la papeterie dans le Sud-Est de la France article de Raoul Blanchard, 1926 dans la revue de Géographie Alpine
  • Vidéo du site postée par Guifeme en mars 2016 https://www.youtube.com/watch?v=IaScImfl1Wk

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